Pablo Van der Lugt et Joost Voigtlander ont analysé l’impact environnemental des produits industriels en bambou en analysant son cycle de vie et son empreinte carbone. Ils ont suivi un scénario optimiste basé sur les chiffres de production du MOSO International BV, dans lequel l’effet de la séquestration du carbone a été inclus.
Les résultats permettent de conclure que presque tous les produits industriels en bambou sont négatifs en termes d’émission de CO2. Ainsi, les crédits pour la production de bioénergie en fin de vie et la séquestration du carbone due au reboisement l’emportent sur les émissions liées à la production et au transport.
Exploitation du bambou : quel effets sur l’environnement ?
Des émissions de CO2 liées à la transformation
La consommation d’énergie dans la transformation des produits industriels en bambou contribue fortement à son impact environnemental. A elle-seule, est est responsable de 35 à 50% des éco-coûts et de 50 à 60% de l’empreinte carbone totale.
Étant donné que les installations de transformation du bambou utilisent généralement les déchets de bambou pour la chaleur, le reste de l’énergie nécessaire est fourni par l’électricité du réseau local.
Transport maritime, bambou et émissions de CO2
Le transport maritime international est le deuxième plus grand facteur d’influence sur l’impact environnemental de l’exploitation du bambou. Il est ainsi responsable de 15 à 25 % de l’empreinte carbone et de 28 à 37 % des éco-coûts des produits industriels en bambou.

Dans le cas de la consommation locale, cette charge écologique peut être diminuée. Pour les produits destinés au marché européen, ce n’est bien sûr pas une possibilité, mais un approvisionnement plus proche pourrait être une option pour améliorer l’impact environnemental.
Les impacts du transport local
Certaines améliorations pourraient également être apportées au transport local qui contribue à environ 10 % de la charge écologique. Il suffit d’opter pour des camions plus gros aux premiers stades de la chaîne de production (28 tonnes au lieu de 5 tonnes) et/ou d’utiliser des camions plus efficaces et moins gourmands en énergie.
La tige de bambou : un matériau biosourcé et écologique
Pour Pablo Van der Lugt et Joost Voigtlander, la tige de bambou est le matériau de construction le plus écologique. Elle peut en effet être utilisée dans la construction sous sa forme naturelle, c’est à dire sans aucune transformation.
Toutefois, la charge écologique du transport maritime est calculée à l’aide d’un éco-indicateur basé sur un rapport poids/volume faible. Dans le cas de la tige de bambou, on obtient une empreinte carbone pour la production équivalente à 1,369 kg CO2/kg de tige. Lorsque la tige de bambou est utilisée localement, cette empreinte carbone n’est plus que de 0,20 kg CO2/kg de tige.
Comment comparer l’empreinte carbone du bambou aux autres matériaux ?
La question se pose de savoir le bambou se compare aux matériaux qu’ils tentent de remplacer comme par exemple :
les bois durs tropicaux ;
les matériaux à forte intensité de carbone non renouvelables comme les plastiques (par exemple le PVC) et les métaux (par exemple l’aluminium, l’acier).
Empreinte carbone du bambou versus celle des bois tropicaux
Dans le meilleur des cas, le crédit de séquestration de carbone de certains bois durs tropicaux, comme le Meranti, est nul ; cela vaut également pour le bois de plantation (actuellement 35 à 40 % du bois FSC sur le marché).
Le plus grand inconvénient de la récolte de bois dur dans les forêts tropicales n’est pas le débit de séquestration du carbone, mais l’impact négatif sur la biodiversité.
Impact du bambou comparé aux résineux européens
En ce qui concerne l’impact environnemental, les différents matériaux industriels à base de bambou sont en bonne concurrence (notamment en termes d’empreinte carbone) avec les résineux européens de source durable. Ils obtiennent également des résultats légèrement meilleurs que les bois durs tropicaux provenant de plantations gérées durablement.
Impact du bambou par rapport au PVC, au plastique et à l’acier
Il n’est pas surprenant que, d’un point de vue environnemental, les produits industriels en bambou soient beaucoup plus performants que les matériaux à forte intensité de carbone tels que le PVC, l’aluminium et l’acier.
Dans les applications où le bambou pourrait remplacer ces matériaux (les cadres de fenêtres par exemple), il en résulterait un gain important de séquestration du carbone par substitution. Le bambou présente un avantage environnemental majeur du point de vue des ressources.
Le bambou : une solution efficace de reboisement
Comme le bambou est une espèce d’herbe géante, il est moins sensible aux coupes à blanc ou à la déforestation. Ainsi il convient très bien au reboisement pour plusieurs raisons :
Le bambou est récolté comme une culture agricole. La récolte annuelle des chaumes de quatre à cinq ans pour les produits de construction en bambou fournit un revenu régulier Comme le bambou géant peut être récolté chaque année, la coupe à blanc de forêts de bambous géants signifierait un gaspillage de capital pour l’agriculteur. Elle ne se produit donc que rarement, voire jamais ;
La plante mère se compose de nombreuses tiges reliées par un vaste système racinaire souterrain et de nouvelles tiges apparaissent chaque année. Ainsi, après la récolte, le bambou continue à vivre et se reproduit même plus rapidement ;
Grâce à son vaste système racinaire, le bambou peut être planté dans des zones où l’agriculture n’est pas possible, par exemple en réhabilitant des terres dégradées, tout en rétablissant des écosystèmes fonctionnels et productifs qui améliorent la qualité du sol et préserve la nappe phréatique ;
Sa croissance rapide permet un rendement annuel élevé. Cet avantage est particulièrement important du fait que les terres pourraient se raréfier à l’avenir.
Ce qu’il faut retenir sur l’empreinte carbone du bambou
En conclusion, il semble évident que les produits industriels en bambou pourraient être un substitut favorable aux bois durs (même certifiés FSC) en termes d’empreinte carbone et d’éco-coûts.
En tenant compte des avantages du bambou du point de vue des ressources (rendement élevé, récolte annuelle, reforestation sur des terres dégradées), il devient évident que le bambou pourrait être un contributeur prometteur à une économie plus durable par :
La réduction des émissions et de la perte de biodiversité causées par la déforestation dans les zones tropicales et subtropicales, en offrant une alternative viable à faible émission au bois dur tropical ;
La réduction des émissions liés aux combustibles fossiles dans la production mondiale de bambou ;
Le piégeage du carbone par le reboisement des prairies et pentes dégradées avec des forêts de bambou.